VOUS, POMPIER? J'EN SUIS FORT AISE...
C'était il y a quelques décennies. Je devais avoir une douzaine d'années. Nous vivions avec mes parents dans un petit coin reculé du Boulonnais.
Notre père travaillait dur aux Acieries de Paris et Outreau pour gagner l'argent du ménage. Il recevait son salaire deux fois par mois, à la quinzaine. Ce soir-là était la fin d'une de ces quinzaines. Chez nous il ne restait plus qu'un billet de 5 francs à l'effigie de Victor Hugo que notre mère avait déposé sur le buffet de la cuisine. Il attendait le passage de l'épicerie ambulante qui nous apporterait de quoi agrémenter le repas du soir et le petit déjeuner du lendemain.
On a sonné à la porte. Je suis allé ouvrir à un homme tout de noir et de cuir vêtu. “C'est les pompiers, c'est pour le calendrier”. Je me tournai vers ma mère. A mon grand désespoir elle partit vers la cuisine, s'empara du billet Victor Hugo et le remit au soldat du feu en échange d'un calendrier dont nous n'avions que faire.
Le soir il n'y eut aucune crème Mont-Blanc au dessert et pas non plus de chocolat en poudre pour le petit déjeuner du lendemain.
En souvenir de ce jour, et en référence à ceux qui pourraient vivre la même mésaventure, depuis que je suis adulte je me suis promis de ne jamais donner de l'argent à un pompier. Et j'ai tenu parole.
Je dédie ce message au pompier que j'ai poliment rembarré ce samedi 9 novembre quand il est venu, peu après l'heure du déjeuner, sonner chez moi.
Peut-être cela lui donnera-t-il à réfléchir. A réfléchir au fait que certains foyers auprès desquels il va quémander une obole en échange d'un calendrier ont des revenus parfois deux ou trois fois, sinon davantage, inférieurs aux siens.
Ah, un dernier détail: le billet que je ne lui ai pas remis ce 9 novembre, je l'ai presque spontanément donné à un petit groupe de trois migrants désargentés que j'ai croisés à Equihen-Plage.
A chacun ses pauvres.
Jacques Girard
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