UN MOMENT D'HUMANITÉ DANS UN MONDE DE BRUTES

La justice n'est pas la seule héroïne de l'histoire?

Il s’appelle Dimitri, il a 39 ans. A l’âge de 19 ans il a fait connaissance avec la drogue. Pas n’importe laquelle, l’héroïne. Depuis, il en est accroc. Héroïnomane, ça ne facilite pas l’insertion dans la vie sociale.

 Il approche de la quarantaine et il vit chez sa mère. Il n’a pas de boulot. La schnouf ça ouvre difficilement les portes du travail. 
En plus de l’héroïne qu’il consomme régulièrement, Dimitri a parfois tendance à abuser de boissons alcoolisées. Ce qui ne l’empêche pas d’emprunter des moyens de locomotion à moteur dans cet état. Il a déjà quatre condamnations sur son casier pour ce motif. Conduite sous l’emprise de stup.  


En plus de la guigne, Dimitri n’a pas de chance.
 Un beau jour du mois d’avril dernier, comme il n’a plus de permis, Dimitri se déplace sur une trottinette électrique. Peinard, quoi! Et il se fait piquer. Non, pas au sens propre, piqué au sens figuré. Piqué par deux gendarmes qui passaient par là. Eh, hop, direction le poste, prélèvements divers, salive, sang, le tout envoyé à l’analyse.

Quelques jours plus tard, les résultats tombent. Et ils ne seront pas négatifs comme le reste de sa vie. Re-interpellation. Re-garde à vue.

Les mois passent. Plus de nouvelles, pas de bonnes nouvelles. En septembre il est reconvoqué pour les mêmes faits du mois d’avril. Et puis, il y a trois jours, le parquet décide de l’incarcérer afin qu’il soit jugé en comparution immédiate.

Il est là devant le tribunal qui lui rappelle les charges qui pèsent contre lui, le danger qu’il fait courir à autrui par sa conduite sous emprise. Il reconnait tout. Il a l’air complètement désabusé. Mais il n’a pas l’air d’un méchant type. Juste d’un type qui s’est laissé aller. Dimitri la came. Il tremblote de partout. Dit comprendre ce que la présidente lui explique patiemment. Très patiemment. 
Quand il retourne s’asseoir sur le banc, laissant la parole à la défense, il donne l’impression d’être un brave type, qui pourrait encore s’en sortir. Le procureur avait néanmoins demandé son maintien en détention et la révocation d’un précédent sursis probatoire après avoir mis en avant les risques qu’une remise en liberté ferait courir à la société.

Claire Triquet, son avocate, va plaider le contraire avec un bon argument à la clé. Depuis avril dernier, bien que resté en liberté, Dimitri n’a plus commis la moindre infraction. En tout cas, il ne s’est pas fait prendre. C’est l’atout qu’elle a gardé dans sa large manche. Pourquoi le mettrait-on en prison demain puisqu’on l’a laissé en liberté depuis les sept mois qui le séparent de son dernier délit.

Présenté comme cela, l’argument se tient. Il se tient surtout parce que Dimitri a eu un comportement assez exemplaire devant ses juges. Parce qu’on peut le croire quand il semble accepter de se soigner de ses addictions. Parce que dans la salle, il y a sa mère et sa famille et que l’on voit bien que l’on affaire à des braves gens. Qui ne vont pas le laisser tomber.  
Et puis peut-être un peu aussi parce que c’est vendredi et qu’il faut bien terminer la semaine. La terminer bien, s’entend.
 Alors, après un bref délibéré les juges décident d’accorder une dernière chance à Dimitri. Ce soir, il retournera bien à la prison de Longuenesse mais juste pour une levée d’écrou. Après il sera libre et bientôt il devra se présenter devant un juge d’application des peines et suivre un parcours de santé. Il ne retournera pas en prison, le tribunal lui a accordé un nouveau sursis.  

L’audience est levée. Tout le monde semble satisfait de cette issue, le prévenu, son avocate, sa famille, le procureur, les juges.. La presse. 
Les juges et Dimitri se disent même au revoir. Soulagés?

Pendant quelques instants il flotte un peu d’humanité dans cette enceinte qui voit plus souvent des drames, des déchirures.
Quelques instants à savourer.  



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