LES MÉFAITS MÉCONNUS D'UN TRAFIC STUPÉFIANT

Tout comme l’immigration clandestine, le trafic de stupéfiants, autre fléau national, a régulièrement son siège au tribunal judiciaire de Boulogne sur Mer.  
En ce lundi de novembre, c’est un garçon de 30 ans, appelons-le Guillaume, qui est arrivé sous bonne escorte de la sécurité pénitentiaire. Son parcours est édifiant.  

 Guillaume vit depuis son plus jeune âge dans une commune rurale du Boulonnais lointain. A peine majeur, il a fait connaissance avec la drogue. Son parcours devient alors émaillé d’embûches ainsi que de dix-sept mentions à son casier judiciaire. Jusqu'au jour où il tombe, vraiment, pour être passé du côté consommateur au côté distributeur. Direction la prison. 

A sa sortie, il est encore plus mal barré qu’avant. Ah, oui, quand il a été arrêté, sa livraison a été confisquée et il doit maintenant en rembourser la valeur à son fournisseur. Il n’a pas de boulot, pas de revenus autres que sociaux, alors il fait ce qu’il sait faire. Il redevient distributeur. On dit aussi dealer. Pour rembourser sa dette. Et il remet le nez dans la drogue par la même occasion. Il refait des allers et retours entre son fournisseur et ses clients. En prenant le train.


Et puis le 12 novembre dernier, alors qu’il descend sur le quai de la gare de son village, il est alpagué par deux gendarmes. Cela ne doit rien au hasard. Un informateur anonyme a averti les forces de l’ordre que lorsqu’il descendrait du train de 15 heures 46 il serait porteur d’importantes doses de cannabis et de cocaïne. Bingo! Pas besoin de le fouiller. Guillaume retire spontanément une plaquette coincée dans son pantalon, côté ventral. La même, dans le pantalon, coté dorsal. Et quelques grammes de coke dans les poches.  
Ce lundi, devant les magistrats, il ne nie rien. Il confirme qu’il trafique pour rembourser une dette de deux mille euros auprès de son fournisseur. Le visage émacié, le corps secoué de tics, il est prêt à tout reconnaître pour ne pas retourner en prison. Il assure, conforté par son avocate, qu’il a trouvé un travail avec son entrepreneur de beau-frère Qu’il va pouvoir rembourser sa dette, autrement qu’en dealant. Qu’au besoin, s’il le faut, il est prêt aussi à déménager, en Bretagne par exemple, où un membre de sa famille pourrait l’accueillir. Pour échapper aux représailles, au cas où… Et surtout, il pleure qu’il doit désormais penser à sa petite fille de trois ans. 


Face à ce cas désespéré, son avocate, après avoir argumenté sur l’inutilité d’un séjour en prison pour la rédemption de cet homme, va tenter d’amadouer le tribunal avec cette ultime supplique: « la justice peut lui tendre la main ».  Les juges se retirent pour un bref délibéré. De retour la présidente annonce à Guillaume qu’il est condamné à quinze mois de prison, dont six avec sursis. Mais elle ajoute qu’il ne sera pas maintenu en détention. Qu’il va prochainement être convoqué par un juge de l’application des peines, en vue d'aménager sa condamnation. Peut-être en semi-liberté. La fameuse main tendue. Il est vrai que les prisons sont pleines à déborder… Ceci peut aussi expliquer cela.


Guillaume se confond en remerciements. Son avocate a le triomphe souriant.  Eh, oui. Tout est bien qui finit bien. Mais jusque quand? 
Et puis combien a coûté cette plaisanterie à la société? Des gendarmes pour l’arrestation, d’autres pour les investigations, d’autres encore pour une escorte. Puis une autre escorte, judiciaire cette fois (trois hommes armés, un fourgon), pour l’aller et le retour vers la maison d’arrêt, quatre magistrats, une greffière, des heures et des heures perdues…
C’est cela aussi le narco trafic dont on parle tant. Il s’est implanté partout, y compris dans nos campagnes. Il gangrène notre société. Il a un coût.
 
A ce titre, le tribunal judiciaire de Boulogne sur Mer n’offre qu’un modeste aperçu de ce qui se passe réellement dans ce pays qui s’en va à vau l’eau.