C’était l’affluence des grands jours au tribunal
L’audience de ce jeudi après-midi au tribunal judiciaire de Boulogne, bien qu’avec une seule affaire à l’ordre du jour, avait attiré un large public en même temps qu’une demi-douzaine d’avocats.
En vedette de cette édition on trouvait un personnage comme on en voit peu dans cette assemblée. Un de ceux dont les faits et gestes ne manquent jamais d’attirer l’attention publique dès qu’ils sortent de la ligne droite. Rodolphe L., le prévenu du jour, est un chirurgien en exercice dans un établissement hospitalier de la côte d’opale. Deux avocats sont à ses côtés pour l’assister.
En face, ils sont quatre pour représenter les parties civiles au nombre de sept. Les magistrats du siège ont fait leur entrée, tout le monde est en place, l’audience peut commencer.
Rodolphe L. s’avance à la barre. La présidente lui lit les motifs de poursuite retenus par le parquet. A peine a-t-elle fini de les évoquer succinctement qu’un des deux avocats se précipite à la barre. Objection votre honneur! Non, ça c’est aux States! A Boulogne, il n’y a pas de votre honneur mais il y a une objection quand même. Pas sur le fond mais sur la forme.
Le défenseur fait ainsi valoir que les motifs retenus pour la présentation en justice sont trop flous, pas assez précis, pour un défèrement devant le tribunal. Il ajoute que ce flou ne lui a pas permis de préparer une bonne défense. Il demande donc un renvoi à une audience ultérieure. Il cite, à l’appui de cette revendication, des décisions ou autres textes pouvant faire jurisprudence. Naturellement la procureure n’est pas d’accord. Elle demande à ce que l’affaire soit jugée sur le champ.
Le tribunal se retire pour délibérer sur la demande de renvoi. A son retour, la présidente, à la surprise d’une partie de l’assistance, accède à la demande de l’avocat de la défense et dit que l’affaire devra être ré-audiencée à une autre date. Au plus tôt ce sera en avril prochain. L’audience est levée. Tout cela pour ça!
Chacun va rentrer chez soi. Accusé comme parties civiles présentes en nombre dans la salle. Y compris les avocats dont certains sont venus de loin.
L’affaire ne fera donc pas la une des journaux ce soir ou demain, et pas seulement les journaux locaux. Car ce qui était reproché au chirurgien fait partie de ces « faits divers » que l’on aime commenter, sur lesquels nombreux s’essaieront à disserter. La justice a en effet retenu contre ce médecin hospitalier six motifs d’agressions sexuelles présumées commises dans l'exercice de sa profession entre l’été 2019 et l’été 2022.
Pourquoi, se demande-t-on alors, oui pourquoi avoir attendu novembre 2025 pour juger des faits commis jusqu’à six ans plus tôt? C’est simple. Quand les premiers faits ont été révélés, un journal local s’en est emparé. Et c’est en découvrant que des présumées victimes du chirurgien avaient déposé plainte contre ses agressions sexuelles présumées que d’autres ont suivi. Six plaintes ont finalement été retenues par la justice. Mais comme le soutenait le défenseur du chirurgien, une agression sexuelle, c’est grave comme action. Oui mais c’est aussi vague comme définition. D'autant plus que si une jurisprudence dit que…
Il existait un possible risque de voir un jugement rendu dans ces conditions être ensuite annulé.
Le tribunal n’a sans doute pas voulu prendre ce risque. Mais, à l’évidence, il a pris cette décision de renvoi à contre-coeur.
Reste maintenant à savoir si ce renvoi forcé rendra service au chirurgien quand il re-comparaîtra devant le même tribunal en avril prochain.
On ne le parierait pas.
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