ORANGE: LE ROUGE EST MIS
Madeleine a 92 ans. Elle vit depuis des années dans son appartement au 3ème étage sans ascenseur. Elle ne quitte plus son chez elle depuis qu'elle s'y déplace avec un déambulateur.
Elle a plein d’autres problèmes de santé. Pour la vie quotidienne, Madeleine peut compter sur une chaîne de solidarité: course, ménage, cuisine, lessive, etc. Pour les liens avec l’extérieur il lui reste le téléphone fixe. Enfin, il lui restait le téléphone fixe.
Voici deux semaines Madeleine reçoit un courrier de Orange l’informant que son domicile allait obligatoirement passer à la fibre.
Problème, pour confirmer le rendez-vous avec le technicien de la fibre il faudrait passer par… les SMS. Mais, voilà, Madeleine n’a pas de mobile. Alors c’est un tiers qui sert d’intermédiaire avec Orange.
Un rendez-vous est confirmé avec un technicien pour le 20 novembre. Pas de souci, a-ton dit à l’intermédiaire, tout sera gratuit.
Au jour dit, un membre de la famille assiste Madeleine lors de la réception du technicien. On ne laisse jamais Madeleine ouvrir sa porte à des inconnus et encore moins les laisser entrer, c’est une règle absolue.
Au bout d’une heure le technicien a fini. Il dit à Madeleine qu’il lui suffira de rebrancher elle-même son téléphone après son départ. Mais voilà, quand un membre de la famille veut reconnecter le téléphone fixe à la nouvelle ligne, il n’a pas à sa disposition les bonnes connections. Donc Madeleine ne peut plus ni appeler ni recevoir d’appel. Elle ne peut pas non plus compter sur son alarme personnelle, un bracelet qui ne fonctionne qu'en liaison avec le téléphone.
Un tiers intermédiaire engage alors dialogue avec Orange via le trente neuf zéro zéro. Trente neuf, on ne sait pas pourquoi mais zéro zéro, on comprend vite ce que cela signifie. Entre les « dites oui ou non » qu'il faut hurler et les « nous n’avons pas compris votre réponse » il faut subir pendant de longues minutes une musique lancinante, s’entendre dire que la demande a bien été prise en compte, ou encore qu’un technicien ne va pas tarder à vous répondre, avant d’entrer en contact avec quelqu’un qui déclare bientôt que nous n’avons pas été bien dirigés et que l’on cherche… Ah, cela a été coupé!
Une heure trente en ligne en cette veille de week-end. Pour rien. Madeleine ne peut toujours pas utiliser son téléphone.
Lundi, l’intermédiaire prend les choses en main. Du moins le croit-il. Il se rend dans les locaux d’Orange, galerie marchande d’Outreau. Il finit pas rencontrer un peu d’humanité avec une sous-chef de service qui lui explique qu’en fait Madeleine aurait dû demander et payer une prestation supplémentaire de 69 euros pour qu’un technicien raccorde son téléphone à la nouvelle ligne. Ce que, par parenthèses, personne ne lui avait dit.
Pour résoudre ce dilemme Orange-Outreau propose donc qu’Orange rappelle l’intermédiaire pour convenir d’un rendez-vous en vue de réaliser ce branchement au domicile de Madeleine. Tout le monde suit toujours? Attention, cela va se compliquer.
Au jour dit et à l’heure dite par Orange-Outreau, un animateur (le ni est-il en trop?) confirme effectivement un rendez-vous avec un technicien pour ce mercredi entre 11 heures et 13 heures chez Madeleine. Pour ne pas laisser Madeleine toute seule, l’intermédiaire bouscule son emploi du temps et se rend chez elle ce mercredi peu avant l’heure fixée. A 11 heures 15 son téléphone mobile sonne. C’est une animatrice (là c’est sûr, le ni est en trop) qui appelle. Pourquoi? Pour fixer un rendez-vous afin de réaliser le branchement… qui devait être réalisé le jour-même. Et la dite amatrice en chef ajoute, comme si cela allait de soi, qu’avant de fixer cette nouvelle date il va falloir que Madeleine lui communique son iban (référence bancaire) ou bien sa carte bancaire. Car la prestation doit être payée d’avance. Eh, oui! Car, bien que se présentant sous l’appellation Orange, ce n’est pas la société Orange qui, au téléphone, négocie financièrement son intervention. C'est une société partenaire. Problème: ce n’est pas Madeleine mais sa fille, absente, qui gère son compte et elle n’a jamais eu de carte bancaire. Donc, faute de paiement d'office, il n’y aura pas de technicien pour remettre la ligne en fonctionnement.
On résume: Depuis des décennies Madeleine est abonnée à Orange (qui a succédé à France Télécom). Elle a toujours réglé rubis sur l’ongle toutes ses factures. Jusqu’au 20 novembre sa ligne fixe lui permettait de rester en permanence en lien avec le monde extérieur. Elle ne demandait rien à personne, juste que ça dure. C'est à son corps défendant qu'Orange est intervenu chez elle. Et la voilà plongée dans un isolationnisme aussi involontaire que préjudiciable à sa bonne santé mentale.
Et l'on ne sait pas quand cela va s'arranger.
Et tout cela pourquoi? Parce que pour faire du fric le groupe Orange a concédé certains de ses services, jadis gratuits, à des sociétés parasites qui n’ont aucun souci du bien-être et de la sécurité des abonnés, et pas davantage des abonnés âgés et handicapés.
Combien de Madeleine sont-elles victimes de cette hérésie?
C’était quand même mieux avant la vie sociale en France. Avant le bradage de nos fleurons (télécom, gaz, électricité, etc) que cette Europe funeste a contraint un État français, d’une docilité coupable., à accepter.