L'EDITO DE LA SEMAINE: Papirs, fous affez fos papirs ?

Ach, société de contrôle Gross malheur..!


 Je me souviens du temps pas si lointain du Covid. C’était dans une autre région mais cela aurait pu être n’importe où. Je couvrais une manifestation contre l’épouvantable, inutile et provocateur tour de passe-passe sanitaire macronien. 
Sur la grand-place de la ville, des manifestants anti-pass se regroupaient à proximité de terrasses de bistrot installées sur le domaine public. Pas très fiers mais silencieux, des clients, titulaires bien sûr du fameux pass dit sanitaire, sirotaient leur petite boisson sans un regard pour les réfractaires. A l’approche d’une serveuse, un manifestant s’avança et lui demanda très poliment si elle pouvait lui apporter une bière. Sans un regard la jeune femme continua son service comme de si de rien n’était. Quant aux clients « en règle » avec le règlement sanitaire abscons ils restèrent impassibles. L’un d’eux, du même âge que le manifestant, aurait pu avoir l’idée, par exemple, de demander à la serveuse d’apporter cette bière et de la mettre sur son compte. Par solidarité entre jeunes hommes. Non! Ce jour-là la frontière était nette entre les « normis » qui respectaient le diktat et les « insoumis » (les vrais, pas les mélanchonistes) qui n’avaient cure des mesures imbéciles. 

C’était il y a quatre ans.  Ce samedi, à l’occasion du « Parcours Urbain » qui avait attiré en ville près de cinq mille participants, après avoir fait quelques photos, je m’apprêtais à traverser la Vieille Ville. Parvenu devant les Annonciades mon attention fut attirée par de la musique et des chants. J’aperçus un sympathique groupe de musiciens et de chanteurs boulonnais coincé dans un recoin, à deux mètres de l’entrée du bâtiment municipal. Ils jouaient et chantaient sans public, dans l’indifférence. Les coureurs (qui traversaient les Annonciades!!!) passaient devant eux sans un regard. Je me dis, tiens, je vais les prendre en photo, cela leur fera toujours un souvenir, une trace. Pour cela il me fallait faire deux pas dans le couloir. Deux pas. 
Mais un vigile veillait qui me barra le passage. Gentiment, je lui dis que je n’allais pas plus loin, je faisais juste une photo, point. Non, pas question! Je tentai de lui dire « c’est pour mon journal, j’en ai pour deux secondes ». Et là, dans toute sa dignité, le vigile me déclara « Montrez moi votre carte de presse ». J’ai failli m’étouffer de rire. 

Cela aurait pu être une plaisanterie. Non, il était sérieux. Je fis un pas dans l’entrée, ce qui me suffisait pour prendre la photo. Il se dressa alors devant moi en levant les bras pour masquer mon appareil.  

Jusque là, c’était encore risible mais l’individu m’empoigna bientôt pour me repousser. Si je n’avais pas eu trente ans et vingt centimètres de plus que lui, en serait-il venu à l’affrontement? 
Heureusement j’ai gardé mon sens de l’humour et, prenant soin d'élever la voix je lui ai demandé pourquoi il ne voulait pas que je fasse un pas dans un couloir désert pour prendre une photo de musiciens abandonnés qui nous regardaient, étonnés mais silencieux et passifs. La réponse tomba: « parce que c’est la consigne ».


Eh, oui, c’est là qu’on signe la connerie humaine!

Je ne voudrais pas tomber dans l’excès mais…

Mais cette serveuse qui contrôlait les pass-sanitaires avant de prendre la commande d’un possible consommateur, ce vigile de supermarché qui menaçait d’appeler la police parce qu’un client avait baissé son masque pour discuter avec une rencontre dans une allée du magasin, ou encore cet employé temporaire d’une société de sécurité qui respectait « la consigne », comment réagiraient-ils, ceux-là, si demain une autorité malfaisante leur demandait d’arrêter des gens, uniquement parce que cette autorité l’aurait arbitrairement décidé…

Est-il toujours fécond le ventre de la bête?

Soyons Brecht!
 

Jacques Girard

(Carte de Presse n° 36471)

 

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