BIENVENUE CHEZ LES PSYS

Scènes vues au tribunal judiciaire de Boulogne

I) Je t'aime moi non plus

Melvin B. comparait devant le tribunal correctionnel pour des violences habituelles ayant entraîné une incapacité supérieure à huit jours commises sur sa compagne Célia.
 Au début de la commission des faits les deux avaient la vingtaine d'années et vivaient déjà plus ou moins ensemble depuis trois ans.

Les violences avaient commencé il y a un an à la suite d'un désaccord. Le rapport judiciaire en a retenu une bonne dizaine de cas que la présidente rappelle avec force détails au prévenu. Melvin ne nie rien. Seule explication, Célia était violente, pas en acte, mais en paroles. Et comme lui, à l'évidence, maîtrise mal la parole, il y répondait avec le seul langage à sa portée, à savoir, les coups. Jusqu'à ce jour de juin dernier où Melvin abandonna sa compagne battue, en sous-vêtements, sur le palier de l'appartement de la rue de Folkestone, au vu des voisins. Et la police intervint.

Coups de pied, coups de poing, dans le dos, sur la tête, sur le visage, sur les bras, ses violences étaient éloquentes. Au fur et à mesure de leur énumération par le tribunal, Melvin pleure. Son avocate part en chasse de mouchoirs pour essuyer ses larmes. Ses regrets ont-il l'air sincère? L'avocate de la partie civile en doute. Et puis il y a Célia, une jeune femme qui semble physiquement fragile mais plus loquace que son ex-partenaire. Elle s'avance à la barre, confirme les faits sans en rajouter. Quand les magistrates lui demandent comment elle a pu supporter si longtemps ce climat de violence, elle met cela sur le compte de la vie qu'elle a vécu étant enfant. Curieusement, c'est aussi ce que dit Melvin. Le procès devient quasiment un exutoire psychologique. L'avocate de Melvin en rajoute un peu quand elle demande à Célia si elle a peur de son ex-concubin, la jeune femme répond par la négative. Et quand l'avocate lui demande si elle pourrait encore se rapprocher de lui, depuis le banc de presse on n'entend pas bien sa réponse mais elle ne correspond pas à une dénégation.
 

Ces deux là font soudain penser à deux êtres fragiles. Melvin, qui flotte dans ses vêtements, n'a rien d'un athlète redoutable. Célia, n'est pas bien grande et plutôt fluette. Ils ressemblent à deux poupées qui ont beaucoup peiné, à défaut d'être de Peynet.

Le tribunal en tiendra compte. En dépit de la gravité des faits (il risquait jusqu'à dix ans  ferme) Melvin n'ira pas en prison grâce à un sursis probatoire de deux ans. Mais il devra suivre des soins après une expertise médicale sur son état psychologique. Et il ne devra plus s'approcher de Célia.
Un psychodrame?

 

II) un prévenu trop bête pour être condamné

Stéphane, un Valenciennois de 21 ans, était arrivé le 17 mai dernier au Portel en voiture avec un ami de rencontre deux fois plus âgé que lui. Selon le garçon, ils venaient pour acheter des moules quand ils ont fait la rencontre d'un homme à trottinette. S'ensuit une histoire de chien qui s'échappe, d'une course poursuite, du vol de la trottinette, histoire à laquelle on ne comprend rien. D'autant moins qu'on est censé retrouver les deux hommes sur le Boulevard Mariette un peu plus tard, après, selon Stéphane, être restés quelque temps dans un hôtel de Boulogne. Allez savoir pour quoi faire. Puis vient le moment ou Stéphane a jeté un pavé dans la vitre d'une voiture pour dérober un sac. Un sac que les policiers retrouveront bientôt dans la voiture des deux bonshommes, une voiture dont ils ne savaient plus où elle était garée. Du coup, au lieu d'une nuit à l'hôtel, c'est en garde à vue que les deux hommes l'ont passée. 

Et c'est ce qui vaut à Stéphane et à son complice d'être convoqués devant le tribunal pour vol avec violence et vol avec dégradation. Le plus âgé des deux ne s'étant pas présenté à l'audience, c'est le jeune homme qui a dû raconter cette aventure au tribunal. Et ce n'était pas facile de suivre Stéphane dans ses déclarations. On nageait même en pleine confusion. On ne comprenait rien à son récit mais on a bientôt eu une explication quand Stéphane a déclaré, on le cite, avoir été trop bête en faisant confiance à son compagnon d'infortune. Trop bête. On se disait bien…
Et pour la justice, tout s'éclaire bientôt. Si Stéphane s'est laissé embobiner, c'est qu'il a un problème psy. L'amateur de moules aurait-il donc un QI d'huitre? C'est l'impression que son interrogatoire avait pu laisser à l'auditoire alors que rien dans ses propos n'était cohérent. 

Au terme de longs échanges le tribunal, lui, a fini par se convaincre que le garçon n'était pas, euh… N'avait pas, euh… Bref, qu'il était plutôt une victime de son mentor d'un jour et pas un mauvais garçon. 
Pour ces raisons, disons psychologiques, après une écoute très attentive et en avoir délibéré, le tribunal a annoncé que Stéphane serait dispensé de peine. Son compagnon d'un jour, lui, a été condamné à six mois de prison avec sursis. Et cela paraissait alors de bonne justice.
Bienvenue chez les Psys. 
 

 

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