L'édito du dimanche: retour à la case départ

EN PASSANT PAR LA CASE PRISON, UN VRAI JEU DE LOIS

Le mois de novembre dernier, j’avais déjà croisé le regard de ce Soudanais au tribunal de Boulogne/mer. L’audience avait été renvoyée.
Pays de misère, le Soudan est aujourd’hui plongé dans un conflit dévastateur. On y compte plus de 13 millions de déplacés, dont 4,3 millions réfugiés dans les pays voisins. Les infrastructures sont dévastées, les hôpitaux débordés et les services essentiels (eau, électricité, santé) sont totalement paralysés. Près de 25 millions de personnes souffrent d’insécurité alimentaire sévère, et la famine est désormais confirmée dans certaines régions comme El-Fasher capitale du Darfour du Nord et Kadugli capitale Kordofan du Sud.
Mais tout le monde se fout du Soudan…

J’ai revu Tarik, sans doute pour la dernière fois, ce vendredi. Il avait les mains entravées dans le dos et il repartait pour la prison dans laquelle il survit depuis deux ans. Il avait été arrêté et enfermé suite à une tentative de traversée de la Manche qui s’était soldée par trois noyades du côté d’Equihen-Plage. 
Parmi la soixantaine de migrants qui, ce jour-là, voulaient embarquer sur un canot pneumatique, il était celui qui avait tenté de barrer une embarcation qui se dégonflait déjà. C’est pour cette participation qu’il a été condamné à trente mois de prison. Avec la remise de peine prévue, il sortira bientôt. Avec l’obligation de quitter le territoire français. 
Un territoire sur lequel Tarik n’avait jamais eu l’intention de s’implanter. Son rêve, c’était l’Angleterre. Comme la quasi totalité des migrants que les familiers de la côte d’Opale côtoient régulièrement et qui ne parlent pas français mais maîtrisent la langue anglaise.  

Si Tarik est arrivé en France, après avoir parcouru les milliers de kilomètres qui séparent son pays du nôtre, c’était uniquement parce que c’était le plus court, ou plutôt le moins long chemin pour atteindre sa terre promise d’Outre-Manche. 
Mais depuis que Nicolas Sarkozy a conclu un marché avec les Anglais, ce sont les autorités françaises qui font tout ce qu’elles peuvent pour faire échouer les tentatives de traversées, parfois même en crevant des embarcations, si l’on en croit Le Monde:

Et l’entreprise est devenue délicate, sinon impossible.

Dans ces conditions, pourquoi avoir laissé Tarik et les siens entrer en France? Pourquoi l’Etat français finance-t-il peu ou prou leur séjour irrégulier sur le territoire? 
Pourquoi des associations, financées sur fonds publics, aident-elles ces migrants à entrer et à rester dans ce pays contre leur gré? 

 
Il est possible que Tarik, avec les remises de peine, puisse sortir de sa prison dans trois semaines. En trois semaines de prison, N. Sarkozy a réussi à écrire un futur best-seller.  Mais qui lira la dramatique épopée de Tarik?

J.G.

 

* Source Human Appeal