LE JUGEMENT DES HOMICIDAIRES REMIS À PLUS TARD
Ils rêvaient d'Angleterre et ils viennent de passer les deux dernières années de leur jeune vie derrière les barreaux, dans le nord de la France.
Ce jeudi 6 novembre, deux Irakiens, Sherwan I. et Audear S et un Soudanais, Tarik M., comparaissaient devant le tribunal judiciaire de Boulogne pour une série de délits divers dont aide à l'entrée irrégulière d'un étranger, mise en danger de la vie d'autrui, homicides involontaires, voire, pour deux d'entre eux, d'association de malfaiteurs. Des délits qui, cumulés, peuvent entraîner de très lourdes condamnations…
Le 23 novembre 2023, près des rivages d'Equihen-Plage, ils faisaient partie de ces migrants s'embarquant sur un canot pneumatique qui allait très vite naufrager, provoquant deux morts par noyade et quelques blessés. Les forces de l'ordre présentes sur place les avaient repérés comme faisant partie des meneurs de l'opération. D'où leur inculpation, leur incarcération et leur présence devant la justice.
Ils sont arrivés, peu avant quatorze heures, menottés et bien encadrés par des agents de la pénitentiaire, au tribunal où les attendaient quatre avocats. Ils sont repartis vers 16 heures, en même compagnie, à destination de la même maison d'arrêt.
Entretemps la présidente du tribunal leur avait lu, avec force détails, les motifs de la prévention, ses propos étant simultanément traduits en arabe et en kurde.
C'est à ce stade que Maître Vincent de la Morandière, est intervenu pour demander le renvoi de l'audience au motif qu'il n'avait pas disposé, en temps voulu, de tous les éléments nécessaires pour préparer la défense de son client irakien.
Une intervention pas du tout appréciée, c'est peu de le dire, par les avocats des deux autres prévenus. Me Chaudey, le défenseur lillois du Soudanais, soutenu en cela par Me Anaïs Plichard du barreau de Boulogne (tous deux commis depuis 2023), fit valoir que son client n'avait rien à voir avec un quelconque trafic de migrants et que son seul tort était d'avoir voulu émigrer en Angleterre et s'être trouvé au mauvais endroit au mauvais moments. Ainsi, il demanda que le cas de son client soit disjoint et jugé sur le champ. Il fut rejoint sur ce point par l'avocate de l'autre Irakien.
Après s'être retiré quelques minutes pour délibérer, le tribunal annonçait accéder à la demande de l'avocat parisien et renvoyait l'affaire au 5 décembre prochain pour les trois détenus qui allaient retrouver leur cellule le soir même.
Reste quand même la curieuse impression qu'a laissée cette affaire. Certain(s) des trois hommes présents devant la barre avai(en)t davantage un profil de "victime", entre guillemets, que celui de redoutables passeurs stipendiés. Autre constat, alors que deux des prévenus étaient défendus depuis 2023 par les mêmes avocats locaux désignés d'office, celui pour lequel avait été demandé (et obtenu) un renvoi avait changé d'avocat en juillet dernier. Par chance, il avait trouvé un avocat ayant son cabinet dans le très chic sixième arrondissement de Paris.
Joker.
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